Dans la salle blanche
Dans la salle blanche, le silence apprend à respirer.
Aux murs, les nuages se sont arrêtés de fuir.
Ils ne portent plus le ciel :
Ils se donnent, enfin, au regard.
Voir des cumulus aux épaules rondes,
lents comme des pensées du matin,
et plus loin des cirrus effilés,
phrases murmurées par le vent.
Chaque photographie et une fenêtre
ouverte sur un instant qui n'existe plus,
un ciel cueilli avant de se défaire.
La lumière glisse sur le papier
comme un soleil apprivoisé.
Les ombres, délicates,
rappellent que même l'air a un poids,
que l'éphémère peut laisser une trace.
On avance doucement,
de peur de faire tomber la pluie.
Les nuages se répondent d'un cadre à l'autre,
famille dispersée,
archive du mouvement,
portrait d'un monde qui change sans bruit.
Et « l'on sort de l'exposition »
le regard un peu plus haut qu'en entrant,
avec cette certitude fragile :
lever les yeux et déjà
une forme de voyage.
Anonyme